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Cet article fait partie de la thématique «Obligation d’annonce : quel bilan ?»

Annonce des postes vacants : la mise en œuvre peut encore être améliorée

Une étude suggère que la réussite du placement dans le cadre de l’obligation de communiquer les postes vacants est étroitement liée au nombre de candidats proposés par les ORP. Une campagne de communication pourrait par ailleurs inciter davantage de demandeurs d’emploi à utiliser le portail Job-Room.

Un conseiller ORP à Genève. Les offices régionaux de placement du canton proposent un candidat correspondant au profil pour 86 % des annonces de postes vacants dans les professions soumises à l’obligation d’annonce. (Photo: Keystone)

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Comment l’obligation d’annoncer les postes vacants a-t-elle été mise en œuvre dans les offices régionaux de placement durant la phase d’introduction, de juillet 2018 à décembre 2019 ? Quels facteurs influencent la réussite du placement ? Et les demandeurs d’emploi inscrits ont-ils tiré parti des cinq jours d’avance dont ils bénéficient en matière d’information ? Une première analyse montre notamment que l’obligation d’annonce est vécue différemment selon les cantons. Elle constate en outre que les demandeurs d’emploi qui possèdent un compte sur le portail pour l’emploi de la Confédération « Job-Room » ont tiré parti des informations données en primeur. Toutefois, seul un quart des demandeurs a ouvert un compte. Il y a donc également une marge de progression à ce niveau.

Depuis l’introduction de l’obligation d’annoncer les postes vacants en juillet 2018, un nouvel élément essentiel a été intégré dans le processus de placement des offices régionaux de placement (ORP) : ces derniers sont tenus de transmettre aux employeurs les dossiers des demandeurs d’emploi répondant au profil recherché dans les professions soumises à l’obligation d’annonce dans un délai de trois jours ouvrables. Comment les ORP ont-ils mis en œuvre ce processus pendant les 18 premiers mois de son lancement ? Une étude[1] commandée par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) a exploré cette question. Les informations des registres des demandeurs d’emploi et des postes vacants ont été croisées avec les nouvelles données résultant de la pratique des ORP en matière de placement.

Les résultats montrent que les ORP ont proposé un ou plusieurs candidats pour un peu plus de la moitié des annonces (55 %) dans les professions soumises à l’obligation d’annonce. Pendant la période analysée, ce taux diffère toutefois sensiblement d’un canton à l’autre (voir illustration 1). Tandis qu’au moins une proposition de placement n’a été transmise que pour 7 % des annonces de postes vacants dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, cette proportion atteint 86 % à Genève. Les différences observées, par exemple dans la structure professionnelle ou sectorielle d’un canton, ne jouent qu’un rôle minime dans ces disparités cantonales.

Le manque de candidats correspondant au profil ne suffit pas non plus à expliquer les faibles taux de proposition dans certains cantons. Cette donnée a été analysée en comparant le nombre d’annonces de postes et le nombre de demandeurs d’emploi alors inscrits auprès d’un ORP. Seuls ont été pris en compte les demandeurs d’emploi qui possédaient presque tous les attributs recherchés par les entreprises d’après les annonces de postes effectuées. Selon cette approche, il n’existait pas de candidat convenable pour seulement un poste annoncé sur dix.

Ill. 1. Taux de proposition et réussite du placement en comparaison cantonale croisée

Source : données issues de processus du Seco, Plasta / calculs des auteurs / La Vie économique

Réussite variable du placement

Le fait de savoir si les propositions des ORP aboutissent à l’embauche d’un candidat présenté s’avère en définitive déterminant. En moyenne, cela a été le cas pour 4,5 % des postes soumis à l’obligation d’annonce. Parmi les annonces de postes pour lesquelles les ORP ont transmis au moins une proposition de placement[2], le taux de réussite est d’environ 8 %. Les différences cantonales sont également importantes s’agissant de la réussite du placement : dans les cantons de Vaud, de Fribourg, de Soleure et du Tessin, un candidat a pu être engagé pour presque une annonce sur dix, contre seulement un sur 300 dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures.

Tout d’abord, la réussite du placement dans un canton est fortement corrélée au fait que les ORP proposent ou non un candidat pour le poste annoncé. En comparaison cantonale croisée, un taux de proposition plus élevé va presque de pair avec une plus grande réussite du placement (voir illustration 1). On n’observe pas d’objectifs contradictoires entre la quantité et la qualité : la plupart des cantons ayant un taux de proposition bas n’ont pas systématiquement conseillé des demandeurs d’emploi qui avaient des chances plus élevées d’être recrutés.

Une annonce directe à l’ORP augmente la réussite

Les analyses fournissent également des indications sur les facteurs qui influencent la réussite du placement. Ainsi, si la probabilité de placement augmente effectivement avec le nombre de dossiers de candidature transmis, elle ne double qu’à partir du moment où les ORP proposent plus de neuf dossiers – par rapport aux situations où ils ne proposent qu’un seul dossier.

En outre, la rapidité de transmission des dossiers est déterminante : la probabilité de placement augmente nettement si la proposition de candidature est faite le jour où le poste est annoncé. Par conséquent, les ORP devraient peut-être veiller à transmettre au moins un dossier de candidature le plus rapidement possible en réponse à une annonce.

Enfin, le placement a plus de chances de se concrétiser lorsque les entreprises annoncent leurs postes vacants directement à l’ORP au lieu de les publier sur la plateforme du Service public de l’emploi Job-Room ou via une interface API. Cela tient à deux raisons : tout d’abord, les propositions de placement des ORP sont un peu plus fréquentes pour les postes qui leur sont directement annoncés ; mais surtout, les annonces directes se traduisent bien plus souvent par une embauche si l’ORP y a réagi en proposant un dossier de candidature à l’entreprise.

Le mode de placement a également son importance : les propositions de candidats qui sont directement transmises aux entreprises par les ORP aboutissent un peu plus souvent à une embauche que les invitations faites aux demandeurs d’emploi pour postuler à un poste vacant annoncé.

Un plus grand rayon d’action

Pour les postes à pourvoir dans les professions soumises à l’obligation d’annonce, il existe un délai d’attente de cinq jours ouvrables pendant lequel seuls les demandeurs d’emploi inscrits sur Job-Room peuvent voir les offres. Mais ces derniers font-ils effectivement usage de ce privilège ? L’analyse du nombre de clics sur Job-Room pour les postes soumis à l’obligation d’annonce révèle que ces offres ont été vues en moyenne 14 fois pour 100 000 demandeurs d’emploi dans les 35 jours qui ont suivi leur publication. C’est plus du double que pour les postes non soumis à l’obligation d’annonce (6 clics).

Il est également intéressant de savoir à quel moment les offres de postes vacants soumis à l’obligation d’annonce sont consultées. D’après les données analysées, les demandeurs d’emploi inscrits sur Job-Room mettent effectivement à profit la priorité d’information pendant le délai d’attente, la plupart de leurs clics ayant lieu pendant ce délai (voir illustration 2). Si près de la moitié de la totalité des clics est recensée en dehors du délai d’attente, ils proviennent principalement d’utilisateurs sans connexion, qui ne peuvent donc pas consulter les postes soumis à l’obligation d’annonce pendant le délai d’attente. Malheureusement, les données actuelles ne permettent pas d’identifier les utilisateurs qui se sont intéressés aux postes soumis à l’obligation d’annonce alors qu’ils n’avaient pas de compte.

Ill. 2. Clics pour les annonces dans les professions soumises à l’obligation d’annonce après leur publication sur Job-Room

Remarque : pendant les 7 premiers jours (délai d’attente de 5 jours ouvrables + week-end de 2 jours), seules les personnes possédant un compte Job-Room peuvent consulter les offres d’emploi concernant les postes soumis à l’obligation d’annonce.

Source : données issues des processus Job-Room / calculs des auteurs / La Vie économique

Pas d’accès pour la majorité

Ces analyses soulèvent la question du nombre de demandeurs d’emploi ayant demandé un accès au domaine protégé de Job-Room pendant la période d’observation. Au total, seul un quart environ des demandeurs d’emploi a ouvert un compte sur la plateforme. L’utilisation a toutefois légèrement augmenté avec le temps. Il existe en outre de grandes différences entre les cantons : 42 % des demandeurs d’emploi ont ouvert un compte au Tessin, contre seulement 9 % dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures. Des analyses multivariées montrent que les demandeurs d’emploi possédant un niveau de formation élevé, de bonnes connaissances en informatique et la nationalité suisse utilisent davantage Job-Room. Par ailleurs, les plus âgés y ont davantage recours que les jeunes, alors que l’on s’attendrait intuitivement au contraire.

Mais le plus étonnant, c’est que les demandeurs d’emploi qui cherchent un poste parmi les professions soumises à l’obligation d’annonce ont utilisé Job-Room à peine plus fréquemment que ceux dont les recherches sont axées sur d’autres professions. L’avance en termes d’information n’est donc pas la principale motivation des demandeurs d’emploi pour accéder au domaine protégé de Job-Room pendant la période analysée.

Augmenter le vivier de candidats

L’étude montre que l’obligation de communiquer les postes vacants a été vécue de différentes façons dans les cantons pendant ses 18 premiers mois d’existence. Les disparités cantonales quant au nombre de dossiers de candidatures proposés aux employeurs laissent supposer qu’une amélioration considérable pourrait être réalisée dans certains cantons. Cette question mérite probablement d’être examinée, car les résultats de l’étude semblent indiquer que la réussite du placement est étroitement liée au taux de proposition.

Un potentiel inexploité réside également dans le fait que les ORP ne proposent que très rarement des dossiers adéquats de candidats issus d’autres cantons. Ces dossiers pourraient être davantage pris en considération – notamment lorsqu’aucun candidat domicilié dans le canton de l’ORP ne peut être proposé pour une annonce de postes vacants.

En outre, il conviendrait de prendre des mesures visant à accroître l’utilisation de Job-Room par les demandeurs d’emploi. L’ouverture d’un compte sur cette plateforme est la condition pour consulter les postes soumis à l’obligation d’annonce pendant le délai d’attente de cinq jours ouvrables. L’étude montre qu’une procédure de connexion simplifiée et la campagne d’information menée par le Seco à l’automne 2018 ont permis d’augmenter légèrement l’utilisation de Job-Room. Étant donné que le réservoir de demandeurs d’emploi et les professions soumises à l’obligation d’annonce fluctuent sans cesse, les mesures visant à accroître l’utilisation de Job-Room doivent être une tâche récurrente.

  1. Voir J. Bamert, A. Beerli, B. Kaiser, D. Kopp et M. Siegenthaler (2021), Évaluation de monitoring de l’obligation d’annoncer les postes vacants I, étude commandée par le Seco. []
  2. Les « propositions de placement » comprennent la somme des propositions de candidats et des invitations à poser sa candidature. []

Doctorant en économie politique, Centre de recherches conjoncturelles (KOF), École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Collaborateur scientifique, Centre de recherches conjoncturelles (KOF), École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Économètre, BSS Volkswirtschaftliche Beratung, Bâle

Collaborateur scientifique, Centre de recherches conjoncturelles (KOF), École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Chef de la section Marché suisse du travail, Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Doctorant en économie politique, Centre de recherches conjoncturelles (KOF), École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Collaborateur scientifique, Centre de recherches conjoncturelles (KOF), École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Économètre, BSS Volkswirtschaftliche Beratung, Bâle

Collaborateur scientifique, Centre de recherches conjoncturelles (KOF), École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)

Chef de la section Marché suisse du travail, Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)